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Le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, M. Youssouf Saleh Abbas fait une communication le 11 juillet dernier devant l'Assemblée Nationale, ci-après en intégralité, le texte de la communication. "Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale ; Mesdames et Messieurs les Députés ; Lors de la dernière communication faite à l’Assemblée Nationale le 29 mai dernier, je vous faisais part de notre préoccupation consécutive à la dégradation de nos relations avec le Soudan d’une part et l’imminence d’une agression contre notre pays d’autre part. Cette agression a eu lieu effectivement le 11 juin dernier, notamment contre les localités de Goz Beida, Biltine et AmZoer. Elle a été perpétrée comme d’habitude par des groupes armés, téléguidés et équipés par le Soudan. Heureusement, nos vaillantes Forces de Défense et de Sécurité ont réussi une fois encore à contenir puis à infliger une lourde défaite aux agresseurs, comme en témoignent les lourds dégâts matériels et humains subis par ces derniers. Grâce à l’action diplomatique tout azimut menée par le Gouvernement depuis quelques mois, cette nième agression n’a pas laissé insensible la communauté internationale. C’est ainsi que tour à tour la CEN SAD, l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) et la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) l’ont vigoureusement condamnée. De plus, au niveau de la CEMAC, par une résolution du Sommet des Chefs d’Etat, le nouveau Président en exercice a été mandaté pour demander au Conseil de Sécurité d’élargir la mission confiée à l’EUFOR et à la MINURCAT basée à l’Est du Tchad d’une part, et à la MINUAD basée au Darfour d’autre part. Constatant l’inefficacité du mécanisme de sécurité mis en place au niveau de la sous région, l’élargissement du mandat devra permettre une prise en charge totale de la sécurité des frontières entre le Tchad et le Soudan d’une part, entre le Soudan et la RCA d’autre part. Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale ; Mesdames et Messieurs les Députés ; Depuis bientôt six ans, le Tchad subit durement les conséquences de la généreuse hospitalité et de la sécurité qu’il a offertes aux réfugiés soudanais victimes de la crise du Darfour. Malgré toutes les tentatives de médiation menées par le Gouvernement tchadien pour réconcilier les frères ennemis soudanais, la crise a débordé sur le Tchad suite aux incursions des milices Djandjawids qui ont tué, violé, pillé et détruit sur une grande échelle. Sur leur passage, elles ont semé morts et désolation au sein des populations civiles de l’Est du Tchad. A ces incursions, se sont ajoutées des conflits intercommunautaires qui ont fait plusieurs morts et des centaines de milliers de déplacés. Face à cette situation dramatique, le Tchad a, d’abord dans un cadre bilatéral avec la France, puis ensuite au niveau des Nations Unies, réussi à faire adopter par le Conseil de Sécurité, la Résolution n°1778 du 25 Septembre 2007, autorisant le déploiement d’une force internationale à l’Est du Tchad. Cette force renferme deux composantes : - Une composante civile, la Mission des Nations Unies en République Centrafricaine et au Tchad (MINURCAT), constituée de gendarmes et policiers tchadiens avec un encadrement onusien, dénommée le Détachement Intégré de Sécurité (DIS). Sa mission est de sécuriser l’intérieur des camps des réfugiés et les sites des personnes déplacées ainsi que le personnel humanitaire travaillant dans les camps. C’est le premier cercle. - Une composante militaire, la Force Européenne (EUFOR), constituée des troupes provenant de certains pays européens, dotée d’un mandat onusien. Cette force comprend présentement 3000 soldats repartis entre Goz Beida, Farchana, Iriba, Bahai et Guéréda avec un Centre de Commandement à Abéché. Elle est déployée autour des camps, assurant ainsi leur protection, celle de la composante civile et des populations environnantes. C’est le deuxième cercle.La Résolution N°1178 autorisant le déploiement de cette force internationale à l’Est de notre pays introduit un concept unique dans la mesure où il comporte un volet « Reconstruction et Développement » qui s’étalera, lui, sur deux voire trois ans. Ce volet a déjà obtenu un financement de l’Union Européenne. Dix (10) millions de Dollars sont déjà disponibles pour financer les projets de développement. Selon la résolution citée ci-dessus, la mission de cette force dure un an avec une possibilité de transformation de la composante européenne en une force onusienne. Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale ; Mesdames et Messieurs les Députés ; Comme vous le savez, la mise en place d’une telle force, nécessite beaucoup de moyens. C’est ainsi que pour une meilleure collaboration, une Coordination Nationale d’Appui à la Force Internationale au Tchad (CONAFIT) a été créée.Un Représentant Spécial du Président de la République a été désigné comme l’interface unique du Gouvernement auprès de l’EUFOR et de la MINURCAT. Le Gouvernement tchadien a par ailleurs conclu un accord de siège avec l’Union Européenne octroyant un certain nombre de facilités, notamment les privilèges, immunités et les exonérations nécessaires au déploiement du personnel et du matériel de l’EUFOR. Il est à noter que tous ces investissements lourds, une fois la mission terminée, resteront la propriété de l’Etat tchadien.Comme on peut l’imaginer, dans la pratique, une opération de cette envergure menée dans un contexte comme celui de la crise du Darfour, ne peut pas ne pas connaître des difficultés, voire des ratées. C’est ce qui a été observé le 11 juin dernier lorsque des agresseurs lourdement armés venus du Soudan, ont pillé le matériel des ONG humanitaires à Goz Beida.Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’EUFOR n’a pas démontré à cette occasion toute son efficacité dans une zone où ses troupes sont stationnées. La réaction très légitime de Son Excellence Monsieur le Président de la République a suscité une rencontre entre le Représentant Spécial du Chef de l’Etat et le Chef d’Etat Major de l’EUFOR, venu spécialement au Tchad pour la circonstance. Il ressort de rencontre que les responsables de l’EUFOR ont pris en compte nos préoccupations et pris les dispositions nécessaires pour remplir leur mandat tel que prévu dans la résolution du Conseil de Sécurité. Nous souhaitons que cette force exerce pleinement le mandat pour lequel elle a été déployée au Tchad, c'est-à-dire la sécurisation effective des camps de réfugiés, des personnes déplacées, du personnel et du matériel des organisations humanitaires. Il est évident qu’avec la résolution du conflit du Darfour, la présence de cette force internationale ne sera plus nécessaire. Mais pour sa part, le Tchad entend respecter tous ses engagements pour la réussite de la mission dévolue à cette force. C’est pour cette raison que le Gouvernement vient d’adopter le projet de loi portant statut de l’EUFOR qui n’attend que sa ratification si notre auguste Assemblée l’autorise au cours de la présente session. Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale ; Mesdames et Messieurs les Députés ; Le Tchad continue de produire de gros efforts pour atténuer les conséquences négatives de la crise du Darfour sur les régions Est de notre pays.Par conséquent, le Président de la République et son Gouvernement ont plus que jamais besoin de l’appui de la Communauté Internationale, mais aussi et surtout de celui de tous les Tchadiens, pour faire face à toutes les contraintes qu’impose cette crise. Je vous remercie." |